Une ville née de la pierre, tournée vers les paysages
Il y a des villes que l’on visite et d’autres que l’on découvre peu à peu. Avallon appartient sans aucun doute à la seconde catégorie. Il faut accepter de ralentir, de suivre une ruelle qui descend, un escalier qui grimpe, une porte ancienne qui s’entrouvre sur un jardin. Puis, soudain, au détour d’un chemin, le paysage apparaît : la vallée du Cousin, les collines boisées et, au loin, les premiers reliefs du Morvan.
Installée sur un éperon granitique, la ville domine d’une centaine de mètres la vallée du Cousin. Sa position naturellement défensive explique en grande partie son histoire mouvementée. Le site semble avoir été occupé dès la Préhistoire, avant de connaître une implantation gallo-romaine. À cette époque, un castrum occupe la pointe de l’éperon, à proximité de la voie reliant Autun à Sens et au-delà. Le nom même d’Avallon serait issu du gaulois Aballo ou Abalon, généralement rapproché du pommier ou de la pomme.
Une origine qui lui va finalement très bien : autour de la vieille ville, les jardins en terrasses ont longtemps accompagné les maisons et les cultures. Aujourd’hui encore, ces espaces verts constituent l’une des particularités les plus attachantes d’Avallon.
Des remparts pour résister aux siècles
À Avallon, l’histoire n’est pas seulement racontée dans les musées : elle est encore visible dans les pierres.
Dès le haut Moyen Âge, la position stratégique de la cité pousse ses habitants à se protéger. Les premières enceintes en pierre sont édifiées à partir du IXe ou du Xe siècle. Elles seront ensuite détruites puis reconstruites au gré des conflits. La guerre de Cent Ans marque particulièrement la ville. Pillages, destructions, famines et épidémies bouleversent la vie quotidienne.
Au XIVe siècle, les fortifications sont restaurées et renforcées. Dix-sept tours viennent alors compléter l’enceinte afin de protéger la population. Avallon devient une véritable ville fortifiée, située dans une région où les rivalités politiques et militaires sont nombreuses.
Aujourd’hui, les remparts constituent l’un des grands plaisirs d’une promenade avallonnaise. On y marche entre les pierres anciennes avec, d’un côté, les maisons de la cité et, de l’autre, l’horizon ouvert sur les paysages bourguignons.
La présence de ces fortifications est d’ailleurs officiellement reconnue : les remparts d’Avallon sont protégés au titre des Monuments historiques.
La Tour de l’Horloge, sentinelle du vieux Avallon
Parmi les monuments qui rythment la découverte du centre historique, la Tour de l’Horloge occupe une place particulière. Construite au XVe siècle, elle témoigne de cette époque où Avallon était encore une cité étroitement organisée autour de ses portes, de ses murailles et de ses activités commerciales. Elle est aujourd’hui classée au titre des Monuments historiques.
Autour d’elle, les maisons à pans de bois, les échauguettes et les anciennes demeures donnent au quartier historique une atmosphère presque théâtrale. Ici, nul besoin d’imaginer un décor médiéval : une grande partie est encore là, sous les yeux du visiteur.
Saint-Lazare, un joyau roman au cœur de la ville
Impossible de parler d’Avallon sans évoquer la collégiale Saint-Lazare. Ses origines remontent au VIIIe siècle, même si l’édifice que nous découvrons aujourd’hui est le résultat de nombreuses transformations. La collégiale fut consacrée en 1106 et constitue l’un des témoignages remarquables de l’art roman bourguignon. Son portail est particulièrement précieux : son tympan présente notamment les Vieillards de l’Apocalypse, les travaux des mois et les signes du zodiaque.
À l’intérieur, le visiteur remarque aussi une particularité étonnante : le sol présente un dénivelé d’environ trois mètres entre le portail et le chœur.
Cette église raconte ainsi, elle aussi, plusieurs siècles d’histoire. Elle a été transformée, restaurée, adaptée aux usages de différentes époques, mais elle demeure profondément liée à l’identité d’Avallon.
Vauban, l’enfant du pays devenu maréchal de France
Parmi les personnages qui ont marqué le territoire, impossible de ne pas citer Sébastien Le Prestre de Vauban.
Le célèbre ingénieur militaire est né en 1633 à Saint-Léger-Vauban, dans le Morvan, à quelques dizaines de kilomètres d’Avallon. Son nom est aujourd’hui indissociable des fortifications françaises et des célèbres citadelles en étoile construites ou améliorées sous le règne de Louis XIV. Mais réduire Vauban à ses remparts serait oublier une partie essentielle de son œuvre.
Militaire, ingénieur, architecte, urbaniste mais aussi observateur attentif de la société française, Vauban s’intéressa à l’économie, aux ressources, à l’organisation du territoire et aux conditions de vie des populations. Le musée qui lui est consacré à Saint-Léger-Vauban rappelle notamment son attachement au Morvan et les observations qu’il fit sur cette région au XVIIe siècle.
À Avallon, une statue rend hommage au maréchal depuis le XIXe siècle. Elle fut inaugurée en 1873 et réalisée par le sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi, auquel on doit notamment la Statue de la Liberté à New York.
Une belle raison, donc, de regarder la statue de Vauban avec un peu plus d’attention lors d’une promenade dans la ville.
Avec Jean Després, Avallon devient une ville d’art
Avallon a accueilli des artistes et des créateurs dont le travail a largement dépassé ses frontières. Le plus célèbre est sans doute Jean Després, orfèvre et créateur de bijoux du XXe siècle. Son nom est aujourd’hui associé au musée de l’Avallonnais Jean Després, installé dans l’ancien collège. Les collections du musée racontent une histoire beaucoup plus vaste que celle de la seule ville. On y trouve des objets archéologiques témoignant de l’occupation humaine du territoire depuis le Paléolithique, mais aussi des œuvres et des bijoux de Jean Després, ainsi que des peintures et sculptures d’autres artistes. Une collection consacrée aux arts et costumes Yao complète cet ensemble.
Jean Després n’était d’ailleurs pas le seul artiste à avoir trouvé à Avallon un terrain favorable. Son épouse, Simone Delattre, s’est elle aussi consacrée à la peinture après son installation dans la cité. Certaines de ses œuvres sont conservées au musée.
Des érudits, des écrivains et des femmes engagées
L’histoire d’Avallon ne se résume pas à quelques grands noms.
Au XIXe siècle, la ville voit notamment évoluer une véritable vie intellectuelle et culturelle. Léon Degoix (1858-1931), collectionneur, amateur de sciences et acteur de la vie culturelle locale, fut ainsi conservateur du musée et légua sa collection à la ville. Il fréquenta plusieurs personnalités intellectuelles et artistiques du territoire, parmi lesquelles le géologue François Moreau, l’abbé Alexandre Parat et l’artiste Achille Schneit.
Au XXe siècle, d’autres figures viennent enrichir cette mémoire. L’écrivaine et traductrice Anne-Marie Soulac a notamment fait d’Avallon le décor de plusieurs de ses écrits. Ses romans Passage des vivants et Orage sur Avallon sont présentés comme des critiques, transposées dans la fiction, de la bourgeoisie avallonnaise.
Et puis il y a Constance Rappeneau, surnommée « Mère My ». Originaire de Domecy-sur-Cure, elle dirigeait à Avallon le café-restaurant Chez My. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son établissement devient un lieu de passage et de refuge pour des personnes recherchées et des résistants. Arrêtée en 1941, elle est déportée à Auschwitz-Birkenau en 1943, où elle meurt. Son parcours rappelle que derrière les vieilles pierres et les belles façades se cachent aussi des histoires humaines parfois tragiques et courageuses.
Les jardins secrets d’Avallon
Les jardins en terrasses constituent l’une des signatures paysagères de la ville. Cultivés depuis plusieurs siècles, ils s’étagent sous les remparts et descendent progressivement vers la vallée. Certains sont privés, d’autres peuvent être découverts grâce au travail de l’association Traverses. Ils forment un véritable réseau de petits espaces de biodiversité au cœur de la cité. C’est peut-être là que réside le charme particulier d’Avallon : la ville n’oppose pas patrimoine et nature. Les deux se répondent; et en quelques minutes, on peut passer d’une rue médiévale à un chemin bordé de végétation, puis rejoindre un belvédère dominant le Cousin.
Une grenouille pour guide
Et parce qu’Avallon sait aussi ne pas se prendre trop au sérieux, la ville s’est choisi une étonnante mascotte : une grenouille. Depuis 2006, une sculpture en pierre réalisée par Yvan Baudoin veille sur la place située face à la collégiale Saint-Lazare. Elle est devenue progressivement l’emblème de la ville. Le visiteur peut suivre ses traces grâce au « Circuit de la Grenouille », matérialisé au sol par des flèches en bronze. Une manière ludique de découvrir les monuments, les ruelles et les anecdotes de la vieille cité.
Avallon, une porte ouverte sur le Morvan
C’est finalement peut-être cette proximité avec la nature qui rend Avallon si attachante. La ville se situe aux portes du Parc naturel régional du Morvan. Elle peut être une destination en soi pour une journée ou un week-end, mais aussi le point de départ d’une escapade plus longue vers Vézelay, le Cousin, les forêts morvandelles et les villages de l’Yonne.
On peut venir à Avallon pour ses remparts et rester pour ses jardins. Venir pour Saint-Lazare et repartir avec le souvenir d’une vallée. Venir sur les traces de Vauban et découvrir Jean Després. Venir pour une vieille ville et rencontrer une cité bien vivante. Avallon n’est pas une ville-musée, une ville qui a appris à conserver les traces de son passé tout en laissant pousser, entre deux vieilles pierres, quelque chose de nouveau.
À voir
- La collégiale Saint-Lazare, pour son architecture romane et son remarquable portail.
- Les remparts et les tours, pour comprendre le rôle stratégique de la cité.
- La Tour de l’Horloge, au cœur du quartier historique.
- Le musée de l’Avallonnais Jean Després, pour son parcours allant de l’archéologie aux arts décoratifs.
- Les jardins en terrasses, véritables respirations végétales de la vieille ville.
- La statue de Vauban, hommage à l’un des grands personnages du Morvan.
À faire
Le plus simple : se perdre. Suivre le Circuit de la Grenouille, descendre vers la vallée du Cousin, prendre le temps d’observer les maisons anciennes, lever les yeux vers les tours et les échauguettes, puis revenir vers le cœur historique.

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