À l’entrée des Terreaux Vauban, à Avallon, la silhouette de Sébastien Le Prestre de Vauban rappelle chaque jour le lien particulier qui unit la ville au célèbre maréchal de France. Réalisée par le sculpteur alsacien Auguste Bartholdi, la statue fut inaugurée en grande pompe le 26 octobre 1873. Mais avant de s’imposer dans le paysage avallonnais, le monument connut une longue histoire faite de projets, de souscriptions, de débats et de rebondissements.
Au XIXe siècle, la France connaît un véritable engouement pour les monuments consacrés aux grandes figures nationales. Les villes souhaitent mettre en valeur leurs personnages illustres et affirmer leur identité. Avallon, qui pouvait se glorifier d’avoir vu naître trois maréchaux de France — Claude de Beauvoir de Chastellux, Vauban et Louis-Nicolas Davout — ne voulait pas rester à l’écart de ce mouvement.
Dès 1835, le conseil d’arrondissement envisage ainsi d’élever une statue à Vauban, personnage particulièrement attaché à Avallon. Le projet revient régulièrement sur la table et prend une nouvelle dimension en 1858, lorsqu’un ancien commandant d’artillerie, Chausson, demande officiellement au conseil municipal d’ériger un monument sur le Grand-Cours, l’actuelle promenade des Terreaux Vauban.
Le financement reste toutefois un obstacle. La ville imagine alors de réunir des fonds grâce à la vente de coupes de bois du Bois-Dieu, aux subventions publiques et aux souscriptions privées. En 1861, le projet reçoit l’approbation impériale.
Parmi les défenseurs les plus actifs du projet figure Réglois Raudot, membre de la Société d’Études d’Avallon. Il rêve même de faire d’Avallon « la ville aux trois maréchaux », avec une statue pour chacun d’eux. La bataille pour rendre hommage à Davout tourne cependant à l’avantage d’Auxerre, qui inaugure son monument en 1867. Cette déconvenue pousse les Avallonnais à accélérer la réalisation de leur projet consacré à Vauban.
En 1865, la municipalité vote une subvention de 5 000 francs et une commission est constituée. L’année suivante, le choix se porte sur un jeune sculpteur déjà remarqué : Auguste Bartholdi. Il propose une statue en bronze pour laquelle le coût est estimé à 17 000 francs.
Le projet va pourtant connaître de nombreux obstacles. Bartholdi imagine un vaste ensemble architectural avec un escalier monumental, mais l’administration impériale des Beaux-Arts juge certains éléments trop complexes et demande plusieurs modifications. Deux projets sont refusés avant qu’une troisième version, conforme aux exigences administratives, soit finalement acceptée en mars 1868.
Bartholdi tient particulièrement à représenter fidèlement Vauban. Il demande notamment à Avallon une photographie ou un croquis du portrait du maréchal conservé dans la salle des Maréchaux de l’hôtel de ville. La guerre franco-prussienne retarde cependant son travail. Une fois achevée, la statue est fondue à Paris par Barbedienne et exposée pendant un an aux Champs-Élysées avant de rejoindre Avallon.
L’inauguration est finalement fixée au 26 octobre 1873, quelques jours après l’ouverture de la ligne de chemin de fer reliant Avallon. La cérémonie prend alors une dimension exceptionnelle. Un train spécial venu d’Auxerre transporte les officiels et les invités. Au pied du monument, une salve d’artillerie accompagne la chute du voile découvrant la statue, sous les acclamations de la foule.
Vauban apparaît alors sur un imposant piédestal en granit de Saint-Léger, présenté dans une grande sobriété. Son manteau découvre la cuirasse du commandant, tandis que son bâton de maréchal repose sur son traité De l’attaque et de la défense des places et sur un plan roulé.
Les festivités se prolongent toute la journée : jeux populaires, concert, banquet réunissant 125 souscripteurs, bal et, le lendemain, feu d’artifice. Avallon célèbre ainsi son illustre enfant et affirme, avec éclat, son attachement à Vauban.
Aujourd’hui encore, la statue de Bartholdi constitue l’un des symboles du patrimoine avallonnais. Elle raconte autant l’histoire du grand ingénieur militaire que celle d’une ville fière de ses racines et déterminée, pendant près de quarante ans, à rendre hommage à celui qui demeure l’une de ses figures les plus célèbres.
En savoir plus avec l’article de Bernard Léger dans le numéro de Vents du Morvan de décembre 2006



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