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La Cure, une rivière qui raconte le Morvan

Elle naît presque discrètement dans les bois d’Anost avant de s’élancer vers le nord. Sur son chemin, la Cure traverse les forêts profondes, les vallées encaissées, les villages et les grands paysages du Morvan. Rivière de pêcheurs, de moulins, de bûcherons, de sportifs et de promeneurs, elle est bien davantage qu’un cours d’eau : elle est une mémoire vivante du pays.

Dans les bois, une rivière prend naissance

Pour rencontrer la Cure, il faut accepter de quitter les grandes routes et de s’enfoncer dans le Morvan forestier. C’est dans un massif boisé de la commune d’Anost, à plus de 700 mètres d’altitude, que la rivière commence son long voyage. Le secteur de sa source forme un ensemble naturel particulièrement intéressant, composé de forêts humides, d’aulnaies et de petites prairies. On y trouve notamment l’arnica des montagnes et plusieurs espèces végétales remarquables.

À cet endroit, difficile d’imaginer que le mince filet d’eau que l’on découvre entre les arbres deviendra, quelques dizaines de kilomètres plus loin, une rivière capable de transformer profondément les paysages.

La Cure prend d’abord des allures de ruisseau montagnard. Elle descend à travers le granite, reçoit les eaux de nombreux petits affluents et poursuit sa route en direction du nord. Le relief du Morvan lui impose son chemin : ici, elle s’élargit dans une prairie ; là, elle se resserre entre deux versants boisés.

C’est peut-être cela qui fait son charme. La Cure ne se donne jamais complètement.

Une rivière profondément morvandelle

Le Parc naturel régional du Morvan la présente comme « la plus morvandelle » des rivières. Elle parcourt environ 80 kilomètres dans le Morvan avant de poursuivre son chemin vers l’Yonne.

Au fil de son parcours, elle rencontre des paysages qui résument à eux seuls une bonne partie du Morvan : forêts, prairies, bocage, rochers, vallées encaissées et petits villages.

Après les hauts plateaux, la Cure rencontre notamment le secteur du lac des Settons, puis poursuit sa route vers Gouloux, Saint-Brisson, Dun-les-Places et les vallées plus sauvages du nord du massif. Elle passe ensuite par les environs de Quarré-les-Tombes et du lac du Crescent avant de rejoindre la vallée de Pierre-Perthuis et les paysages de Vézelay.

La rivière change alors progressivement de visage. Le torrent des hauteurs devient une rivière de vallée, puis poursuit sa route vers les paysages calcaires de l’Yonne. Elle terminera son parcours à Cravant, où elle rejoint l’Yonne après plus d’une centaine de kilomètres.

Entre sa source et sa confluence, la Cure aura ainsi traversé plusieurs Morvan.

Des eaux qui faisaient vivre les hommes

Avant de devenir un terrain de découverte pour les randonneurs et les amateurs de canoë, la Cure était surtout une rivière utile.

Pendant des siècles, ses eaux ont fait tourner les roues des moulins. Moulins à farine, moulins liés aux activités artisanales ou installations aujourd’hui disparues : ils étaient nombreux le long de la rivière et de ses affluents. La vallée conserve encore les traces de cette activité, même si la plupart de ces moulins ont cessé de fonctionner.

Mais la Cure a également participé à une aventure économique beaucoup plus vaste : celle du bois du Morvan.

Durant plusieurs siècles, les forêts morvandelles ont alimenté Paris en bois de chauffage. Les bûcherons abattaient les arbres, les troncs étaient préparés puis descendus vers les rivières. Une partie du bois était transportée par flottage, notamment selon la technique des « bûches perdues ».

La Cure devint ainsi l’un des éléments d’un immense réseau permettant au bois du Morvan de rejoindre les grands centres de consommation. Cette activité s’est poursuivie jusqu’au début du XXe siècle, avant de disparaître progressivement avec l’arrivée d’autres sources d’énergie, notamment le gaz de ville.

Derrière le paysage paisible de la vallée se cache donc une histoire de travail et de labeur. Celle des hommes qui vivaient de la forêt, des moulins, des rivières et des chemins.

Une vallée qui se resserre

Il suffit de suivre la Cure vers le nord pour voir le paysage changer.

Dans certains secteurs, la vallée devient particulièrement encaissée. Entre le barrage du Crescent et Pierre-Perthuis, la rivière s’enfonce dans une gorge profonde, largement recouverte par la forêt. Les versants boisés donnent alors à la vallée une atmosphère presque sauvage.

Les ponts de pierre prennent une importance particulière dans ce paysage. Ils franchissent la rivière et rappellent que, pendant longtemps, les cours d’eau constituaient autant des obstacles que des voies de communication.

À Pierre-Perthuis, le spectaculaire pont qui domine la vallée offre l’un de ces points de vue où l’on comprend immédiatement la géographie du Morvan : l’eau, la roche, la forêt et les hommes sont intimement liés.

Plus loin, la Cure accompagne les grands sites patrimoniaux de la Bourgogne. Vézelay et sa basilique, Saint-Père, les grottes d’Arcy-sur-Cure ou encore les villages installés au bord de l’eau témoignent de la richesse exceptionnelle de cette vallée.

La Cure, paradis des pêcheurs

La rivière est également une terre de pêche.

Ses eaux sont notamment appréciées des amateurs de pêche à la mouche et de truite. Le caractère préservé de certains secteurs, la fraîcheur de l’eau et la diversité des milieux aquatiques en font un terrain privilégié pour observer la vie de la rivière.

Mais il faut savoir regarder autrement qu’avec une canne à pêche.

Au-dessus de l’eau, le martin-pêcheur peut apparaître comme une flèche bleue entre deux branches. Sur les berges, les traces laissées par les animaux racontent une autre histoire. Dans les secteurs les plus préservés, la loutre a retrouvé une place dans l’écosystème.

La rivière abrite aussi le cincle plongeur, étonnant petit oiseau capable de marcher sous l’eau à la recherche de larves et de petits invertébrés.

Cette biodiversité rappelle une évidence : une rivière ne se résume jamais à son lit. Elle est un monde vivant, avec ses berges, ses zones humides, ses boisements et les prairies qui l’accompagnent.

De l’eau calme aux sensations fortes

Aujourd’hui, la Cure est aussi devenue un formidable terrain de jeu pour les amateurs d’eau vive.

Dans certains secteurs, notamment dans les gorges du Morvan, son courant offre des passages recherchés par les pratiquants de canoë-kayak et de rafting. La navigation dépend cependant des conditions hydrologiques et, pour certains parcours, des lâchers d’eau liés aux ouvrages hydroélectriques.

À l’automne, le traditionnel rallye organisé sur la Cure rappelle également que cette rivière possède un caractère sportif bien affirmé.

Mais nul besoin de se jeter à l’eau pour profiter de la rivière.

Une paire de chaussures de randonnée suffit. Les chemins qui longent ou dominent la vallée permettent de découvrir la Cure à un rythme beaucoup plus tranquille. Le GR13 suit notamment une partie de la vallée et permet de mesurer, pas après pas, la diversité des paysages.

Une rivière à préserver

La Cure appartient à ces paysages que l’on pourrait croire éternels. Pourtant, comme toutes les rivières, elle reste fragile.

Le changement climatique, les périodes de sécheresse, les crues, l’évolution des pratiques agricoles et forestières ou encore la qualité des zones humides influencent directement son fonctionnement.

Cette question dépasse d’ailleurs largement les seuls habitants de la vallée. En 2026, le Parc naturel régional du Morvan et l’Agence de l’eau Seine-Normandie ont signé un nouveau contrat de territoire Cure-Yonne couvrant la période 2026-2030. Il prévoit 99 actions et 5,9 millions d’euros pour restaurer les milieux aquatiques, préserver les zones humides et améliorer la résilience du territoire face aux sécheresses et aux inondations.

La Cure nous rappelle ainsi que l’eau est à la fois un patrimoine et une responsabilité.

Prendre le temps de regarder la rivière

Il existe mille façons de découvrir la Cure.

On peut partir à sa source, dans les bois d’Anost, et chercher le premier filet d’eau. On peut suivre la rivière jusqu’au lac des Settons, marcher dans les forêts de Gouloux, admirer les gorges, franchir les vieux ponts, descendre la rivière en canoë ou simplement s’asseoir au bord de l’eau.

On peut aussi partir à la rencontre des villages qui portent son nom : Gien-sur-Cure, Chastellux-sur-Cure, Domecy-sur-Cure, Saint-Père, Bessy-sur-Cure, Arcy-sur-Cure…

Autant de noms qui témoignent de l’importance de la rivière dans l’histoire et la géographie du territoire.

Car la Cure n’est pas seulement une ligne bleue sur une carte.

Elle est un fil conducteur.

Un fil qui relie les forêts du haut Morvan aux paysages calcaires de l’Yonne, les histoires de bûcherons à celles des pêcheurs, les anciens moulins aux activités de pleine nature d’aujourd’hui. Une rivière qui a vu passer les hommes, les radeaux de bois, les pêcheurs, les lavandières, les voyageurs et maintenant les randonneurs.

Et lorsqu’au détour d’un chemin on entend son eau courir entre les pierres, il suffit peut-être de s’arrêter quelques instants.

La Cure continue son voyage.

À nous de prendre le temps de l’écouter.