Entre patrimoine, cascades, artistes et chemins forestiers, Lormes est l’une de ces petites villes du Morvan que l’on ne se contente pas de traverser. On y vient pour une cascade ou un panorama, on y découvre une histoire mouvementée, on pousse la porte d’un atelier, on s’attarde au marché… et l’on finit souvent par avoir envie de rester un peu plus longtemps.
Il existe des villes que l’on visite pour leurs monuments. Et puis il y a celles que l’on découvre en marchant, en levant les yeux, en suivant une ruelle, un chemin ou le bruit de l’eau. Lormes appartient clairement à cette seconde catégorie.
Installée dans la partie occidentale du Morvan, dans la Nièvre, la petite cité est entourée de vallons boisés et de paysages qui ont attiré aussi bien les peintres que les écrivains. Son patrimoine raconte plusieurs siècles d’histoire, depuis la cité médiévale fortifiée jusqu’au bourg actuel, où commerces, artisans, artistes et associations contribuent à maintenir une véritable vie locale.
Et puis il y a l’eau. Les fontaines, les anciens lavoirs, les moulins et surtout les Gorges de Narvau, où le paysage semble soudain basculer dans une nature plus sauvage.
Lormes, c’est un peu cela : une petite ville avec de grands paysages autour.
Une cité médiévale perchée entre deux châteaux
Pour comprendre Lormes, il faut remonter au Moyen Âge.
Le territoire possède des traces d’occupation beaucoup plus anciennes, notamment gallo-romaines, mais c’est au XIIIe siècle que la ville commence véritablement à prendre l’importance qu’elle conservera pendant plusieurs siècles.
En 1223, Hugues III accorde aux habitants une charte de franchises. Cette nouvelle organisation permet notamment à la population de fortifier la cité. Lormes se protège alors derrière des murailles, des fossés et plusieurs portes. Pas moins de vingt et une tours auraient autrefois renforcé ses défenses.
Particularité étonnante : la ville est alors divisée entre deux seigneuries, Lormes-Châlons et Lormes-Château-Chinon. Chacune possède son propre château.
Cette histoire féodale a laissé des traces dans la géographie même de la ville. Le Vieux Château, situé à l’intérieur des fortifications, dépendait des seigneurs de Château-Chinon. Le château de Lormes-Châlons appartenait quant à lui à l’autre seigneurie.
Mais comme souvent dans l’histoire médiévale, les fortifications ne garantissent pas éternellement la tranquillité.
En 1412, les Armagnacs prennent la ville et incendient les deux châteaux. Le Vieux Château ne sera jamais véritablement reconstruit. Aujourd’hui, quelques vestiges permettent encore d’imaginer cette époque où Lormes était une cité fortifiée stratégique.
Quand les femmes prennent les remparts
Lormes possède aussi une histoire populaire qui a traversé les siècles.
Nous sommes en 1591, pendant les guerres de Religion. Alors que les hommes de la ville sont partis à Corbigny pour une fête, des troupes protestantes venues de Clamecy attaquent Lormes.
La légende raconte que les femmes restées dans la cité prennent alors la défense des remparts. Elles auraient utilisé tout ce qui leur tombait sous la main : pierres, cendres brûlantes et eau bouillante.
Lorsque les hommes reviennent, les assaillants sont finalement repoussés.
L’épisode est devenu célèbre sous le nom des « Dames de Lormes ». Qu’une partie du récit relève de la tradition populaire ne lui enlève rien de sa place dans la mémoire locale. Pendant longtemps, cette histoire fut même commémorée par une procession au cours de laquelle les femmes avaient le privilège de marcher en tête.
Une belle manière de rappeler que l’histoire d’une ville ne se résume pas toujours aux grands personnages et aux batailles consignées dans les livres.
Saint-Alban : quand l’histoire prend de la hauteur
Pour découvrir Lormes, direction les hauteurs.
L’église Saint-Alban domine le bourg. L’édifice actuel, construit entre 1865 et 1867, a remplacé une église beaucoup plus ancienne.
À l’intérieur, les vitraux et les éléments sculptés méritent le détour. Mais le véritable spectacle commence lorsqu’on ressort. Depuis les hauteurs, le regard embrasse les toits de Lormes et les paysages qui l’entourent. On comprend alors immédiatement pourquoi cette petite ville a été installée ici : sur un promontoire offrant à la fois protection et ouverture sur les vallées. Avant la démolition de l’ancienne église, le peintre Camille Corot l’avait représentée lors de son séjour à Lormes en 1841. Le site possède également une étonnante histoire artistique. Corot n’était pas simplement un visiteur de passage. Il séjourna à plusieurs reprises dans la région et réalisa à Lormes une quinzaine de peintures ainsi que de nombreux dessins. Le peintre avait des attaches familiales dans la ville et trouva ici un terrain idéal pour son travail : vallées, arbres, rochers, chemins, cours d’eau…
Dans les pas de Corot, le paysage comme tableau
Aujourd’hui encore, il est possible de marcher sur les traces du peintre. Le sentier-découverte Corot permet de retrouver plusieurs des paysages qui l’avaient inspiré. Des reproductions de ses œuvres accompagnent le parcours, notamment du côté des Gorges de Narvau et des anciens moulins. L’intérêt du parcours dépasse largement la seule histoire de l’art. Il invite surtout à regarder autrement le paysage.
Un arbre tordu, une lumière entre deux branches, une rivière qui disparaît sous les feuillages, une vieille construction couverte de mousse… Dans le Morvan, le paysage semble souvent avoir été composé pour être peint.
Et lorsque l’on connaît le regard de Corot, on ne voit plus tout à fait les mêmes choses.
Narvau : quelques minutes suffisent pour changer de monde
Depuis le centre de Lormes, il suffit de quelques minutes pour rejoindre les Gorges de Narvau. Le contraste est saisissant. La petite ville laisse progressivement place à la forêt. Le chemin descend, les rochers apparaissent et le murmure de l’eau accompagne bientôt les pas.
La cascade constitue le point fort de la promenade, mais ce sont peut-être les ambiances de sous-bois qui rendent le site aussi attachant. Au printemps, les jacinthes bleues peuvent couvrir le sol forestier et apporter une touche de couleur spectaculaire.
Le parcours, relativement court, permet de découvrir les gorges sans partir pour une randonnée à la journée.
Le Mont de la Justice : le Morvan en grand écran
Après les profondeurs de Narvau, il est temps de prendre de la hauteur. Le Mont de la Justice, qui culmine à environ 464 mètres, offre l’un des beaux points de vue sur Lormes et ses environs. Une table d’orientation permet de comprendre le paysage : vallées de l’Yonne, Nivernais, reliefs du Morvan, lacs de Chaumeçon et du Crescent, Gorges de Narvau, étang du Goulot… Par temps clair, le regard porte loin.
C’est aussi un excellent endroit pour comprendre la géographie particulière du Morvan : un territoire de vallées et de collines, de forêts et de cours d’eau, où les villages apparaissent souvent comme des îlots habités au milieu d’un paysage largement boisé. À Lormes, il suffit parfois de quelques centaines de mètres pour passer du centre-bourg à un véritable balcon sur le Morvan.
Une ville qui aime les histoires… et les histoires de ceux qui y vivent
Le patrimoine de Lormes n’est pas uniquement fait de vieilles pierres.
La ville a également vu naître Henri Bachelin, écrivain français né en 1879 et mort en 1941.
Son souvenir est toujours présent dans le bourg, notamment à travers son buste.
Avec Corot d’un côté, Bachelin de l’autre, Lormes possède une jolie tradition artistique et littéraire.
Mais la culture locale ne se résume pas au souvenir des personnalités du passé.
Aujourd’hui, artistes, artisans, associations et acteurs culturels participent à la vie de la cité. Galeries, ateliers, fresques, graffs, concerts, spectacles et manifestations viennent régulièrement animer les rues.
Cette présence contemporaine est importante : elle empêche le patrimoine de devenir une simple carte postale.
Lormes n’est pas figée dans son passé.
Jeudi ou samedi : rendez-vous au marché !
Pour prendre le pouls d’une ville, rien ne vaut son marché.
À Lormes, le marché couvert et les places environnantes deviennent régulièrement des lieux de rencontre entre habitants, producteurs et visiteurs.
Le jeudi matin, commerçants et producteurs se retrouvent autour de la halle. Le samedi matin, le rendez-vous fait notamment la part belle aux producteurs locaux.
Légumes, volailles, viandes, miel, noix, huile de noix, vins de Vézelay… autant de produits qui racontent eux aussi le territoire.
Parce qu’un paysage se découvre avec les yeux, mais qu’un territoire se comprend aussi avec les papilles.
Et dans un voyage en Morvan, le marché est souvent l’endroit idéal pour glaner quelques idées de pique-nique avant de repartir sur les chemins.
Lormes, une petite ville qui ne veut pas devenir une ville-musée
C’est peut-être ce qui séduit le plus à Lormes.
La ville possède suffisamment de patrimoine pour raconter une histoire riche, mais elle ne donne pas l’impression de vivre uniquement tournée vers son passé.
La commune travaille sur la revitalisation de son centre-bourg, la végétalisation des espaces publics et l’amélioration du cadre de vie. Elle revendique même l’idée d’une « petite ville du futur ».
Une expression qui peut sembler étonnante dans une cité médiévale du Morvan.
Et pourtant, elle résume assez bien le paradoxe de Lormes : conserver ce qui fait son identité tout en inventant la suite.
C’est aussi ce qui donne envie de revenir.
Lormes, mode d’emploi
👀 À VOIR
Les Gorges de Narvau
La cascade, les rochers, les sous-bois et les anciens moulins : un concentré de nature morvandelle à deux pas du centre.
L’église Saint-Alban
Pour son architecture, ses vitraux, son histoire et surtout le panorama depuis les hauteurs.
La chapelle du Vieux Château
Un des témoignages du passé médiéval de la cité.
Le Mont de la Justice
La table d’orientation offre une belle lecture des paysages autour de Lormes.
Les traces de Corot
À découvrir au fil du sentier-découverte consacré au peintre paysagiste.
Le patrimoine du centre-ville
Ruelles, anciennes maisons, fontaines, lavoirs et vestiges racontent l’histoire quotidienne de la cité.
🥾 À FAIRE
Descendre jusqu’à la cascade de Narvau
Une balade accessible pour découvrir l’un des sites naturels emblématiques de Lormes.
Marcher dans les pas de Corot
Une autre façon de découvrir les paysages, en confrontant les œuvres du peintre au décor qui les a inspirées.
Prendre de la hauteur au Mont de la Justice
À privilégier par beau temps pour profiter pleinement du panorama.
Flâner dans le centre
Prenez le temps de pousser les portes des ateliers, galeries et commerces. À Lormes, la découverte se fait aussi au hasard.
Venir un jour de marché
Jeudi ou samedi matin : l’occasion idéale de rencontrer les producteurs et de goûter aux produits du territoire.
Prolonger la balade jusqu’à l’étang du Goulot
Pour changer d’ambiance et profiter d’un espace naturel propice à une pause.
🍎 À DÉGUSTER
Les produits du marché
Légumes, miel, volailles, viandes, noix et autres productions locales permettent de composer un pique-nique 100 % morvandiau.
Le miel du Morvan
Une manière gourmande de retrouver dans l’assiette les fleurs et les paysages du massif.
Les produits à base de noix
Noix, huile de noix et préparations locales sont quelques-unes des spécialités à découvrir sur les étals.
Le vin de Vézelay
Le vignoble est à quelques dizaines de kilomètres : une belle occasion de faire le lien entre les différents terroirs de cette partie de la Bourgogne.
Et surtout… prenez le temps.
À Lormes, le meilleur « produit local » reste peut-être ce temps retrouvé : celui d’un café en terrasse, d’une conversation avec un producteur, d’une promenade sans horaire ou d’un chemin que l’on décide de suivre simplement parce qu’il semble joli.
Lormes, à la croisée des chemins
Il faudrait finalement plusieurs visites pour épuiser Lormes. Une première pour découvrir son histoire et ses vestiges médiévaux. Une autre pour marcher dans les pas de Corot. Une troisième pour descendre dans les Gorges de Narvau. Une quatrième pour parcourir les marchés et rencontrer ceux qui font vivre la ville.
Car c’est aussi cela que propose Lormes : un Morvan à taille humaine, où la forêt commence presque au bout de la rue, où l’histoire se lit dans les pierres et où le paysage invite naturellement à ralentir.