Haut-Folin : sur le toit de la Bourgogne, au cœur des forêts du Morvan

Haut-Folin : sur le toit de la Bourgogne, au cœur des forêts du Morvan

À 901 mètres, le Morvan prend de la hauteur

Il faut parfois quitter les grandes routes, s’enfoncer dans les petites voies forestières et accepter de laisser derrière soi les villages, les clochers et les paysages ouverts. Peu à peu, la route monte. Les prés se font plus rares, les arbres plus nombreux, l’air change. Bienvenue au Haut-Folin.

Avec ses 901 mètres d’altitude, le Haut-Folin est le point culminant du Morvan, mais aussi celui de toute la Bourgogne. Une altitude qui peut sembler modeste lorsqu’on la compare aux grands sommets alpins ou pyrénéens. Et pourtant, ici, elle suffit à créer une véritable ambiance de montagne. Le climat est plus frais, les hivers peuvent être enneigés et la forêt semble envelopper le visiteur dans un univers à part.

Le Haut-Folin appartient à cette dorsale boisée qui traverse le sud du Morvan. Autour de lui s’élèvent les autres grands sommets du massif : le Mont Préneley, à 855 mètres, et le Mont Beuvray, qui atteint environ 821 mètres. Ensemble, ils dessinent cette « petite montagne » morvandelle, discrète mais bien réelle.

Et c’est peut-être là tout le charme du Haut-Folin : il ne cherche pas à impressionner. Pas de paroi rocheuse spectaculaire, pas de grand belvédère naturel dominant une vallée à perte de vue. Ici, la montagne se découvre autrement, dans la profondeur de la forêt, le silence des chemins, les odeurs de résine et les changements de lumière.

Une montagne qui se mérite… et qui se découvre

Le Haut-Folin est parfois présenté comme un sommet sans panorama. La remarque peut sembler paradoxale pour le point culminant d’une région. Mais elle raconte justement quelque chose de l’identité du lieu.

Le sommet est largement couvert par la forêt. Les paysages du Haut-Folin sont constitués de grandes croupes boisées, dont les formes sont parfois difficiles à distinguer depuis les environs. Le Parc naturel régional du Morvan décrit d’ailleurs ces sommets comme des reliefs aux formes massives et presque tabulaires, dont le couvert forestier masque souvent les lignes du relief.

Alors, faut-il regretter l’absence d’un vaste panorama ?

Pas forcément.

Car au Haut-Folin, le paysage est à hauteur de marche. Il faut regarder les arbres, les mousses, les pierres, les chemins et les clairières. Il faut écouter le vent dans les branches, observer les variations de végétation et comprendre comment cette montagne s’est construite.

Le massif est d’ailleurs parcouru par plusieurs itinéraires permettant de découvrir ses différentes facettes. Quatre sentiers pédestres, dont deux sentiers d’interprétation, proposent une lecture du milieu naturel et forestier. Des parcours VTT permettent également de descendre depuis les hauteurs.

La forêt, véritable monument du Haut-Folin

Pour comprendre le Haut-Folin, il faut comprendre sa forêt.

La forêt domaniale de Saint-Prix, qui couvre une partie importante du massif, possède une histoire particulière. Les plantations de résineux y ont notamment été réalisées entre 1840 et 1870, à une époque où l’enrésinement transformait progressivement certains paysages morvandiaux. Les peuplements actuels correspondent pour partie à une seconde génération issue de la régénération naturelle.

Cette histoire explique les grandes silhouettes de sapins et autres résineux que l’on rencontre aujourd’hui.

Mais la forêt du Haut-Folin n’est pas qu’un décor. Elle est aussi un paysage culturel, économique et écologique. Elle raconte les relations anciennes entre les habitants du Morvan et leur environnement, l’exploitation du bois, l’évolution des pratiques forestières et les transformations successives du territoire.

En parcourant les chemins, on découvre ainsi une montagne vivante, façonnée par la nature mais aussi par des générations de Morvandiaux.

C’est tout l’intérêt des parcours d’interprétation aménagés sur le massif. Arbres-totems, panneaux explicatifs et blocs de granite deviennent autant de clés pour lire le paysage. Le promeneur ne se contente plus de traverser la forêt : il apprend à la regarder.

Quand le granite affleure

Le Haut-Folin appartient au cœur granitique du Morvan. Ici, la roche n’est jamais très loin. Elle apparaît dans les sols, affleure par endroits, forme des blocs et participe à cette ambiance minérale caractéristique de la montagne morvandelle.

Ce granite raconte une histoire beaucoup plus ancienne que celle des hommes. Il témoigne de la géologie particulière du Morvan, vaste massif cristallin posé au cœur d’une Bourgogne largement constituée de terrains sédimentaires.

C’est ce contraste géologique qui contribue à donner au Morvan son identité. Autour du massif, les paysages bourguignons s’ouvrent largement ; ici, le relief se resserre, les vallées s’encaissent, les forêts gagnent les pentes et les rochers apparaissent au détour du chemin.

Au Haut-Folin, cette sensation de pénétrer dans un autre monde est particulièrement forte.

Une destination pour les marcheurs

Le Haut-Folin se prête naturellement à la randonnée.

L’une des façons les plus intéressantes de le découvrir consiste à ne pas chercher uniquement le point culminant, mais à parcourir les chemins qui permettent de comprendre l’ensemble du massif.

La « Boucle des trois bornes », par exemple, propose une randonnée familiale d’environ 7 kilomètres. Elle relie notamment l’étang de Préperny et sa tourbière au sommet de la Bourgogne, en traversant différentes ambiances forestières. Des panneaux permettent d’en comprendre les particularités et des « arbres-totems » ponctuent le parcours.

D’autres itinéraires croisent également le secteur, notamment le GR 13, le parcours Bibracte-Alésia et la Grande Traversée du Morvan à VTT. Le Haut-Folin devient alors une étape parmi les nombreuses possibilités d’itinérance offertes par le massif.

C’est toute la philosophie d’une découverte du Morvan : ne pas forcément chercher à « faire » un sommet, mais prendre un chemin et voir où il nous mène.

Et quand la neige arrive…

L’hiver transforme complètement le Haut-Folin.

Lorsque les conditions d’enneigement sont réunies, le massif devient l’un des rares endroits de Bourgogne où l’on peut véritablement chausser les skis de fond. Le domaine nordique annonce jusqu’à 40 kilomètres de pistes balisées, accessibles lorsque la neige le permet. Un chalet-refuge permet aux promeneurs et aux skieurs de faire une pause, de se réchauffer et de pique-niquer ; la location de matériel, notamment skis de fond et raquettes, est également proposée selon les conditions et l’organisation du site.

Le Haut-Folin prend alors des airs de petite station nordique.

Les routes deviennent plus silencieuses, les branches se chargent de neige et la forêt change de couleur. Pour ceux qui connaissent le massif en été, la découverte hivernale offre presque un autre Haut-Folin.

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le sommet occupe une place particulière dans l’imaginaire régional. À quelques heures de Paris ou de Lyon, il est possible de passer d’un paysage de Bourgogne à une véritable ambiance montagnarde. Le Parc du Morvan met d’ailleurs en avant cette proximité comme l’un des atouts d’une destination tournée vers un tourisme de nature et de proximité.

Une montagne à préserver

Le Haut-Folin est également un lieu où se posent les questions de l’avenir du tourisme et de la forêt.

Depuis plusieurs années, le Parc naturel régional du Morvan travaille à une meilleure valorisation touristique du site. Une première démarche collective a été engagée dès 2008, puis une étude de valorisation a été menée en 2010. Des aménagements ont été réalisés et inaugurés en 2013 afin de mieux accueillir les visiteurs et de leur permettre de comprendre le massif.

L’idée est intéressante : comment faire connaître davantage le sommet de la Bourgogne sans dénaturer ce qui fait justement son charme ?

La question est loin d’être anodine. Le Haut-Folin est un espace forestier exploité, parcouru par les randonneurs, les cyclistes et les habitants, mais aussi un milieu naturel qu’il faut préserver. Le Parc a ainsi travaillé sur différents scénarios de valorisation, notamment autour de l’idée d’un observatoire permettant de prendre de la hauteur au-dessus de la forêt. Ces réflexions s’inscrivent dans une volonté affichée de privilégier des interventions respectueuses de l’ambiance forestière du site.

Le toit de la Bourgogne, version morvandelle

Finalement, le Haut-Folin ne se visite pas comme un sommet alpin.

Il ne faut pas y venir uniquement pour prendre une photographie devant une borne indiquant 901 mètres. Il faut y venir pour marcher, pour respirer, pour écouter la forêt et pour comprendre ce que cette montagne raconte du Morvan.

On peut y venir en famille pour une promenade, avec des chaussures de randonnée pour une boucle plus sportive, à VTT pour descendre les chemins forestiers, à cheval sur les itinéraires adaptés ou, lorsque l’hiver est suffisamment généreux, en ski de fond ou en raquettes.

Et puis il y a cette sensation particulière, difficile à expliquer, que connaissent ceux qui fréquentent régulièrement les hauteurs morvandelles : celle d’être loin, alors que l’on est finalement tout près.

Le Haut-Folin est le sommet de la Bourgogne. Mais sa véritable richesse est peut-être ailleurs : dans cette montagne douce, boisée, secrète, qui invite davantage à l’exploration qu’à la conquête.

Ici, pas besoin de chercher les grands effets.

Il suffit parfois de prendre un chemin qui monte entre les arbres.

Et de continuer.

À 901 mètres, le Morvan vous attend.