Château-Chinon, une ville perchée au cœur de l’histoire du Morvan

Sur les hauteurs du Haut-Morvan, Château-Chinon domine les vallées et les forêts. Ville médiévale, cité de mémoire, terre de résistance et ancienne ville de François Mitterrand, elle raconte à elle seule une grande partie de l’histoire du Morvan. Aujourd’hui, entre patrimoine, musées, paysages et art contemporain, elle est aussi une belle porte d’entrée pour découvrir ce territoire à taille humaine.

Il faut monter pour découvrir Château-Chinon.

À plus de 500 mètres d’altitude, la ville s’étire sur une hauteur du Haut-Morvan, entre vallons, forêts et prairies. Ici, le paysage n’est jamais très loin. Au détour d’une rue, une échappée ouvre sur les collines ; depuis le belvédère du Calvaire, le regard porte loin sur cette montagne bourguignonne faite de bois, de haies et de villages.

Cette position perchée explique en partie l’histoire de la ville. Pendant des siècles, contrôler Château-Chinon, c’était surveiller un passage et tenir une position stratégique au cœur du Morvan.

Aujourd’hui, les visiteurs y viennent pour ses musées, son patrimoine et ses panoramas. Mais pour comprendre Château-Chinon, il faut prendre le temps de remonter le fil d’une histoire particulièrement riche.

Des premières occupations à la ville médiévale

Le territoire de Château-Chinon est occupé depuis la Préhistoire. Des vestiges archéologiques attestent notamment d’une présence humaine dès le Néolithique. Au fil des siècles, le site s’inscrit dans l’histoire plus vaste du Morvan, territoire situé entre plusieurs grandes puissances régionales.

Au Moyen Âge, le lieu apparaît sous le nom de Castro Canino. La petite agglomération se développe progressivement sous l’autorité de l’abbaye de Cluny. Elle se protège derrière des murailles et devient une véritable petite cité fortifiée.

Un château est édifié au XIIIe siècle au-dessus de la ville. Il ne faut pas s’attendre aujourd’hui à découvrir une forteresse intacte : les guerres ont largement effacé le château médiéval. Mais sa présence a profondément marqué la ville et son organisation.

Château-Chinon devient successivement châtellenie, seigneurie puis comté. La cité occupe alors une position particulière dans un Morvan partagé entre différents pouvoirs.

Cette situation va entraîner son lot de conflits.

Une ville au cœur des guerres féodales

Au XVe siècle, le Morvan se retrouve pris dans les affrontements entre le royaume de France et le duché de Bourgogne.

Château-Chinon n’échappe pas aux bouleversements. En 1412, les troupes de Jean sans Peur attaquent la ville et détruisent le château et les murailles. Quelques décennies plus tard, la cité se retrouve de nouveau au centre de la rivalité entre Louis XI et Charles le Téméraire.

En 1467, Charles le Téméraire reçoit la seigneurie de Château-Chinon. Les relations avec les habitants sont difficiles et la ville est pillée. Louis XI s’en empare ensuite, avant que le duc de Bourgogne ne la reprenne. En 1475, les combats et les destructions achèvent de bouleverser la cité.

Les guerres de Religion ne l’épargnent pas davantage. Le château est finalement incendié puis démantelé.

De cette époque mouvementée, il reste pourtant des traces. La Porte Notre-Dame, reconstruite avec des pierres provenant de l’ancienne forteresse, rappelle aujourd’hui encore le passé défensif de Château-Chinon. Les ruines de l’ancien château constituent également un point de mémoire particulièrement intéressant pour qui souhaite comprendre la naissance de la ville.

Porte Notre-Dame et Ruines de l’Ancien Château permettent ainsi de lire dans le paysage les différentes étapes de cette histoire.

Une petite capitale au cœur du Morvan

Château-Chinon a longtemps joué un rôle de centre administratif et commercial pour le Haut-Morvan.

La ville devient progressivement un point de passage, de commerce et de services pour les populations des campagnes environnantes. Cette fonction de « capitale » du Haut-Morvan lui vaut encore aujourd’hui ce surnom de capitale du Morvan, même si le Parc naturel régional du Morvan est aujourd’hui organisé autour de plusieurs pôles.

Ses rues racontent cette histoire à leur manière. Il faut prendre le temps de quitter les grands axes, de monter ou descendre quelques ruelles et d’observer les anciennes maisons. Le relief donne à la ville une physionomie particulière : ici, une rue grimpe, là une place s’ouvre soudain sur le paysage.

Château-Chinon n’est pas une ville-musée figée. Elle possède au contraire cette qualité particulière des petites cités morvandelles : un patrimoine parfois discret, qui se découvre en marchant.

Le Morvan dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale

Le XXe siècle apporte une nouvelle page sombre de l’histoire locale.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Morvan devient une terre importante de Résistance. Ses forêts, ses vallées et son relief offrent aux maquis des conditions favorables pour se cacher, s’organiser et agir.

Château-Chinon se trouve au cœur de cette histoire. La ville connaît l’Occupation et la répression tandis que les maquis se développent dans les campagnes et les forêts alentour. Le territoire morvandiau devient progressivement un espace stratégique pour la Résistance, notamment à partir de 1943 et surtout au printemps 1944 avec l’afflux de résistants et les parachutages d’armes alliées.

Cette histoire est encore très présente dans le paysage. À travers les Chemins de mémoire, plusieurs dizaines de lieux aménagés dans le Morvan permettent aujourd’hui de comprendre cette période, les combats des maquis et la violence de la répression.

Visiter Château-Chinon, c’est donc aussi se trouver à proximité d’une mémoire plus vaste : celle d’un Morvan qui fut, pendant la guerre, une terre de refuge, de combats et de sacrifices.

François Mitterrand et Château-Chinon : une histoire singulière

Mais il est impossible de parler de Château-Chinon au XXe siècle sans évoquer François Mitterrand.

En mars 1959, l’homme politique devient maire de la ville. Il conservera cette fonction jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1981, soit pendant vingt-deux ans.

Cette relation entre un homme politique appelé à devenir président de la République et une petite ville du Morvan est devenue l’une des singularités de Château-Chinon.

Mitterrand entretient avec la ville et la Nièvre une relation durable. Il contribue notamment à développer les équipements culturels locaux. En 1970, alors qu’il est encore maire, il décide ainsi d’acquérir la collection de vêtements et d’objets constituée par Jules Dardy. Cette collection deviendra l’une des bases de ce qui fut longtemps le Musée du Costume.

Puis vient 1981.

Le 10 mai, François Mitterrand remporte l’élection présidentielle. Château-Chinon devient alors, pour quelques heures et dans l’imaginaire collectif, l’une des petites villes les plus célèbres de France.

Mais l’histoire ne s’arrête pas avec son départ pour l’Élysée.

La Cité des Présents : quand la politique rencontre l’art et la mode

En 1986, François Mitterrand choisit de confier au département de la Nièvre une grande partie des cadeaux officiels et personnels reçus durant sa présidence. Un musée est créé à Château-Chinon dans l’ancien couvent Sainte-Claire.

Au fil des années, la collection s’enrichit considérablement. Elle rassemble aujourd’hui 4 800 objets, issus d’environ 80 des pays visités par François Mitterrand durant ses deux mandats présidentiels.

Et Château-Chinon vient de franchir une nouvelle étape.

Après plusieurs années de travaux, la Cité des Présents – François Mitterrand a été inaugurée le 10 mai 2026, exactement 45 ans après la victoire présidentielle de François Mitterrand. L’ancien Musée du Septennat et l’ancien Musée du Costume ont été entièrement repensés et réunis dans un nouvel ensemble culturel de près de 2 000 m².

Cité des Présents-François Mitterrand

Le lieu rassemble désormais le musée des cadeaux présidentiels, le musée de la mode, une Maison du Morvan, des jardins et différents espaces consacrés aux activités culturelles.

La collection consacrée à la mode propose notamment une traversée de plus de trois siècles d’histoire du vêtement, de la fin du XVIIe siècle aux créations contemporaines. On y trouve notamment une bourse de mariage datant de 1690 et une robe créée par Alexis Mabille en 2018.

De l’autre côté, les cadeaux présidentiels racontent une histoire diplomatique mondiale : objets d’art, artisanat, pièces précieuses et présents officiels témoignent des relations entretenues par la France avec les pays visités par le président.

Pour le visiteur, l’intérêt est justement de ne pas réduire le lieu à la seule figure de François Mitterrand. Les objets racontent aussi l’histoire des échanges internationaux, des savoir-faire, de la mode, de l’art et des relations entre les peuples.

Une ville qui regarde vers les paysages

Après les musées, il faut ressortir.

C’est peut-être là que se trouve l’un des grands plaisirs de Château-Chinon : lever les yeux et retrouver immédiatement le Morvan.

Le panorama depuis le Calvaire est l’un des plus beaux points de vue de la ville. Les collines se succèdent, les forêts dessinent de grandes masses sombres et les villages apparaissent dans les creux.

Panorama du Calvaire

La ville constitue également un excellent point de départ pour la randonnée. Le Grand Tour de Château-Chinon propose par exemple une boucle d’environ 16 kilomètres, permettant de découvrir la ville et les paysages du Haut-Morvan à pied.

Et puis il y a une autre curiosité, résolument contemporaine : la fontaine monumentale imaginée par Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle. Ses formes colorées et animées apportent une étonnante touche d’art contemporain au cœur d’une cité profondément marquée par l’histoire.

Fontaine Monumentale Jean Tinguely & Niki de Saint Phalle

Château-Chinon, une histoire à hauteur de promenade

C’est finalement ce qui rend Château-Chinon attachante.

On peut y venir pour François Mitterrand, pour les musées, pour la Porte Notre-Dame ou pour le panorama. On peut aussi simplement y faire étape avant de poursuivre une randonnée dans les forêts du Haut-Morvan.

Mais en prenant le temps de marcher, on découvre une ville où plusieurs histoires se superposent.

Il y a le Château-Chinon médiéval, ville fortifiée prise dans les rivalités entre France et Bourgogne. Il y a le Château-Chinon rural, centre de services d’un territoire longtemps isolé. Il y a le Château-Chinon de la Résistance, inscrit dans la mémoire douloureuse du Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Et il y a le Château-Chinon de François Mitterrand, devenu une étonnante passerelle entre cette petite ville de montagne et l’histoire politique française.

Aujourd’hui, la Cité des Présents ajoute une nouvelle dimension à cet héritage. Mode, diplomatie, art, mémoire et paysage s’y rencontrent.

Alors, si vous traversez le Morvan, ne faites pas simplement de Château-Chinon une ville que l’on traverse.

Arrêtez-vous. Montez jusqu’au Calvaire, perdez-vous dans les vieilles rues, poussez la porte des musées, regardez les collines et prenez le temps de comprendre ce que cette ville raconte.

Car à Château-Chinon, l’histoire n’est jamais très loin.

Elle est dans une pierre de la Porte Notre-Dame, dans une ruine, dans un vêtement ancien, dans un objet venu de l’autre bout du monde, dans le souvenir d’un président devenu maire et, surtout, dans ces paysages morvandiaux qui ont vu passer tant de générations.

Une petite ville, peut-être. Mais une grande histoire.