Clamecy, l’histoire d’une cité entre Morvan, Yonne et Beuvron

À la rencontre de l’Yonne et du Beuvron, Clamecy raconte une histoire singulière. Cité médiévale, capitale du flottage du bois, patrie de Romain Rolland et d’Alain Colas, elle possède ce charme discret des villes qui ont beaucoup vécu sans jamais perdre leur âme. Entre maisons à pans de bois, ruelles anciennes, patrimoine religieux, souvenirs des flotteurs et promenades au fil de l’eau, Clamecy constitue une belle porte d’entrée vers le Haut-Nivernais et les paysages du Morvan.

Il suffit de quelques pas dans le centre ancien pour comprendre que Clamecy n’est pas une ville comme les autres. Ici, l’histoire ne se découvre pas seulement derrière les vitrines d’un musée ou sur les panneaux d’un parcours patrimonial : elle est inscrite dans les façades, les places, les quais et jusque dans le tracé des rues.

Située au confluent de l’Yonne et du Beuvron, sur le canal du Nivernais, Clamecy occupe depuis des siècles une position privilégiée entre les vallées du Haut-Nivernais et les premiers reliefs du Morvan. La ville se présente aujourd’hui comme une agréable cité à la campagne, mais son histoire remonte à plus de treize siècles.

Une cité née au bord de l’eau

La première mention connue de Clamecy apparaît en 635, dans un document évoquant une donation de l’évêque d’Auxerre à l’abbaye de Saint-Julien. Les moines s’installent alors sur l’éperon rocheux formé entre l’Yonne et le Beuvron. Ils contribuent notamment à assainir les terres marécageuses qui entourent le site.

La géographie va rapidement devenir l’un des grands atouts de la cité. Protégée par les cours d’eau, installée sur un promontoire et placée sur des voies de circulation naturelles, Clamecy attire l’attention des comtes de Nevers. Aux IXe ou Xe siècles, une partie de l’éperon est fortifiée et un château est construit à proximité de l’église.

Au Moyen Âge, la ville se développe et affirme progressivement son importance. En 1075, le vicomte Guy fonde un collège de huit chanoines. L’église paroissiale devient alors une collégiale. Un atelier monétaire est également installé à Clamecy : les monnaies frappées ici circulent jusque dans les régions septentrionales du royaume.

Puis la ville se protège derrière une nouvelle enceinte longue d’environ deux kilomètres, renforcée par dix-huit tours et percée de trois portes. Deux faubourgs se développent progressivement, notamment celui de Bethléem, au bord de l’Yonne.

Saint-Martin, un joyau du gothique bourguignon

Au cœur de la ville, la collégiale Saint-Martin constitue l’un des témoignages les plus spectaculaires de cette période médiévale.

La construction de l’édifice actuel commence à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle. Le chantier se poursuit durant plusieurs générations. La nef relève du gothique bourguignon tandis que la remarquable tour est construite entre 1497 et 1515 dans le style gothique flamboyant. La façade occidentale est ensuite remaniée et reçoit un porche aux vantaux de bois sculpté datant de la Renaissance.

Classée dès 1840 sur la première liste des monuments historiques, la collégiale a attiré au XIXe siècle l’attention de Prosper Mérimée et de Viollet-le-Duc.

Mais le plus agréable reste peut-être de la découvrir sans se presser. Depuis les rues voisines, sa tour domine les toits de la vieille ville. Puis, en s’approchant, on découvre la richesse du portail, les sculptures, les détails de la pierre et les jeux de lumière à l’intérieur.

C’est tout le charme de Clamecy : l’histoire se révèle souvent à hauteur de regard.

Les maisons à pans de bois racontent une autre Clamecy

Autour de la collégiale, les rues du centre ancien invitent à la flânerie. Une grande partie des maisons à pans de bois que l’on peut encore admirer aujourd’hui date de la fin du XVe et du début du XVIe siècle.

Ces façades, parfois colorées, donnent au centre historique une atmosphère particulière. Elles rappellent le temps où Clamecy était une cité commerçante et artisanale prospère.

Il faut prendre le temps de lever les yeux, de regarder les encorbellements, les colombages, les portes et les détails architecturaux. La Maison du Tisserand, notamment, témoigne de ce patrimoine urbain ancien.

Une promenade dans Clamecy devient ainsi une véritable lecture de paysage : derrière chaque rue se dessine un morceau de l’histoire économique et sociale de la ville.

Quand Clamecy faisait descendre les forêts du Morvan jusqu’à Paris

Pour comprendre véritablement Clamecy, il faut toutefois parler du bois.

À partir du XVIe siècle, la ville devient progressivement la capitale d’une activité exceptionnelle : le flottage du bois du Morvan vers Paris.
La capitale, dont les besoins en bois de chauffage ne cessent d’augmenter, se tourne vers les forêts morvandelles. Le bois est abattu pendant l’hiver puis acheminé vers les petits cours d’eau. Les bûches rejoignent ensuite l’Yonne avant d’arriver à Clamecy.

Une fois regroupées, elles sont assemblées en immenses radeaux appelés « trains de bois ». Certains pouvaient atteindre 75 mètres de longueur. Ces convois descendaient l’Yonne puis la Seine jusqu’à Paris.

Le spectacle devait être impressionnant : des hommes, les flotteurs, accompagnaient ces gigantesques radeaux sur les rivières. Ils devaient connaître parfaitement les courants, les écluses et les passages difficiles.

Au XVIIIe siècle, le flottage atteint son apogée. En 1804, plus de 3 500 trains de bois arrivent à Paris depuis Clamecy et les environs. Mais cette économie décline progressivement au XIXe siècle avec le développement du transport par péniche et surtout l’arrivée du charbon. Le dernier demi-train de bois quitte Clamecy en 1876, tandis que le dernier grand flot arrive dans la ville en 1923.

Cette histoire n’a pourtant jamais disparu. Elle constitue aujourd’hui l’une des grandes identités de Clamecy. Au bord de l’Yonne, la statue du flotteur rappelle ces générations d’hommes qui ont fait vivre la ville et transporté, au péril de leur sécurité, une partie des forêts du Morvan jusqu’aux foyers parisiens.

Le quartier des flotteurs

Cette histoire se lit également dans les anciens quartiers populaires de la ville. Sur la rive droite de l’Yonne, le quartier de Bethléem — surnommé « Beyant » — était notamment celui des flotteurs. Les petites maisons, les jardins et les ruelles étroites formaient un univers très différent de celui des quartiers plus bourgeois de la cité.
Clamecy s’est ainsi construite autour de ses activités économiques et de ses rivières. L’eau n’était pas seulement un élément du paysage : elle était une voie de transport, un outil de travail et une source de richesse.

Aujourd’hui, les quais invitent plutôt à la promenade. Mais en regardant l’Yonne couler sous les ponts, il est facile d’imaginer les trains de bois qui prenaient autrefois la direction de Paris.

Bethléem, une étonnante histoire venue d’Orient

À Clamecy, le nom de Bethléem n’est pas un hasard. En 1167, le comte de Nevers, alors engagé dans une croisade, fait don d’un hôpital de Clamecy à l’évêque de Bethléem en Palestine. Lorsque celui-ci est chassé de Terre sainte, il vient prendre possession de ses terres à Clamecy. ne cinquantaine d’évêques de Bethléem vont ainsi se succéder dans la cité jusqu’au Concordat de 1801.

Cette histoire étonnante a laissé une trace architecturale beaucoup plus récente : l’église Notre-Dame de Bethléem, construite au XXe siècle en béton armé dans un style romano-byzantin. Ses fresques monumentales et ses étonnants jeux de lumière en font un édifice à part dans le paysage clamecycois. La Ville travaille depuis plusieurs années à la restauration et à la valorisation de ce patrimoine.

Romain Rolland, une voix de Clamecy dans le monde

Clamecy possède une autre particularité : elle a vu naître plusieurs personnalités dont les parcours ont largement dépassé les frontières du Nivernais. La plus célèbre est sans doute Romain Rolland, né à Clamecy en 1866.

L’écrivain passe les quatorze premières années de sa vie dans la cité avant de partir poursuivre ses études à Paris. Il deviendra historien de l’art, musicologue, écrivain et penseur, et recevra en 1916 le prix Nobel de littérature pour l’année 1915.

Son attachement à sa ville natale ne disparaîtra jamais. Dans Colas Breugnon, publié en 1919, il imagine un personnage de Clamecy vivant au début du XVIIe siècle. Pour préparer son roman, il revient notamment sur les traces de son enfance et s’intéresse aux flotteurs.

Aujourd’hui, sa maison natale fait partie du Musée d’Art et d’Histoire Romain Rolland, labellisé « Maisons des Illustres ». Le musée est installé notamment dans l’hôtel de Bellegarde, construit au XVIIe siècle, et rassemble des collections particulièrement variées : archéologie gallo-romaine et mérovingienne, peintures, sculptures, faïences, affiches de Charles Loupot, souvenirs de Romain Rolland et témoignages du flottage.

Une visite particulièrement intéressante pour qui veut comprendre Clamecy autrement qu’à travers ses monuments.

De Claude Tillier à Alain Colas, une ville de caractères

Romain Rolland n’est pas le seul enfant célèbre de Clamecy.

Au XIXe siècle, Claude Tillier s’y fait connaître comme instituteur, journaliste et pamphlétaire. Son roman Mon Oncle Benjamin, plein d’humour et d’esprit critique, a largement contribué à faire connaître son nom. Adapté au cinéma avec Jacques Brel dans le rôle principal, le roman entretient encore aujourd’hui un lien très fort avec le territoire clamecycois.

Plus près de nous, Clamecy est aussi la ville natale du navigateur Alain Colas.

Né en 1943 place de Bethléem, il découvre la voile en Australie et devient l’un des grands navigateurs français de sa génération. En 1974, il remporte le tour du monde en solitaire sur son trimaran Manureva, avant de participer en 1978 à la première Route du Rhum. Il disparaît en mer le 16 novembre 1978.

Trois personnalités, trois univers très différents : la littérature, la satire et l’aventure maritime. Elles racontent pourtant quelque chose de commun : l’ouverture sur le monde d’une petite ville profondément attachée à son territoire.

Clamecy aujourd’hui : une ville à découvrir doucement

Il serait dommage de visiter Clamecy uniquement pour cocher quelques monuments sur une liste.

La ville mérite mieux : une promenade sans programme trop précis.

Commencer par la vieille ville, rejoindre la collégiale Saint-Martin, s’attarder devant les maisons à pans de bois, descendre vers l’Yonne, traverser les anciens quartiers des flotteurs, puis suivre les quais et le canal du Nivernais.

Clamecy est également un port de plaisance et constitue une halte appréciée sur cet itinéraire fluvial qui relie les bassins de la Loire et de la Seine. Le canal offre une autre manière de découvrir le territoire, plus lente et plus contemplative.

Pour prolonger la balade, le parc Vauvert offre un espace verdoyant dans le quartier du Beuvron. Et au bord de l’Yonne, la base de loisirs de la Tambourinette s’inscrit aujourd’hui dans une volonté de redonner toute sa place aux activités de plein air et aux promenades au bord de l’eau.

Une porte ouverte sur le Morvan

Clamecy est finalement une excellente destination pour qui souhaite découvrir le Morvan autrement.

La ville n’est pas perchée au sommet d’un mont ni entourée de grands paysages forestiers comme les villages du cœur du Parc naturel régional. Elle en est pourtant l’une des portes historiques. Son histoire est intimement liée aux forêts morvandelles, dont le bois a autrefois emprunté les rivières pour rejoindre Paris.

Aujourd’hui, le voyage se fait dans l’autre sens : on vient de Clamecy vers les paysages du Morvan, ses forêts, ses vallées, ses chemins et ses villages.

Mais avant de prendre la route, il faut peut-être rester encore un peu.

Car c’est précisément là que réside le charme de Clamecy : une ville qui ne cherche pas à impressionner, mais qui se révèle progressivement. Une façade ancienne, une sculpture aperçue au détour d’une rue, la silhouette de Saint-Martin, le murmure de l’Yonne, le souvenir des flotteurs, quelques pages de Romain Rolland ou l’aventure d’Alain Colas…

À Clamecy, l’histoire n’est jamais très loin.

Elle coule avec les rivières, se cache derrière les colombages et accompagne le promeneur jusque sur les chemins qui conduisent vers le Morvan.

Une pensée sur “Clamecy, l’histoire d’une cité entre Morvan, Yonne et Beuvron&rdquo ;

Les commentaires sont fermés.