À l’écart des grands axes, Villapourçon est de ces villages que l’on ne traverse pas tout à fait par hasard. Il faut prendre le temps d’y venir, de suivre ses petites routes, de pousser jusqu’à ses hameaux et surtout de marcher. Car ici, l’histoire se découvre au détour d’un chemin, au pied d’un vieux lavoir, près d’un moulin ou devant un chaos de granite.
Dans le sud de la Nièvre, au cœur du Parc naturel régional du Morvan, Villapourçon occupe un vaste territoire de plus de 5 000 hectares. À environ 450 mètres d’altitude au niveau du bourg, la commune s’étend jusqu’aux reliefs boisés qui annoncent les sommets du Morvan. Avec un peu plus de 400 habitants, elle offre cette impression si particulière des villages de montagne morvandiaux : un bourg, mais surtout une multitude de hameaux dispersés dans un paysage de forêts, de prés, de ruisseaux et de chemins.
Et c’est peut-être là que réside son charme : Villapourçon ne se visite pas seulement, elle se parcourt.
Un nom qui nous ramène aux origines
Pour comprendre Villapourçon, il faut commencer par son nom. Les formes anciennes sont nombreuses : Villa Procorum au Xe siècle, Villa a Pourson au XIIIe siècle, puis différentes variantes avant que ne s’impose progressivement le nom actuel.
Selon les travaux consacrés au patrimoine du Morvan, ces appellations renverraient à l’élevage des porcs. Une origine qui pourrait sembler anecdotique, mais qui rappelle combien les noms de lieux racontent les activités et les paysages d’autrefois. L’élevage porcin était notamment bien implanté dans la société gauloise, et le territoire de Villapourçon se trouvait alors à proximité de Bibracte, la grande capitale des Éduens installée sur le mont Beuvray.
Cette proximité avec Bibracte n’est pas qu’une affaire de carte. Le territoire de Villapourçon était parcouru par d’anciens itinéraires. Des chemins datant de l’Antiquité ont précédé les voies romaines, dont certaines ont continué à structurer les déplacements pendant des siècles. Le paysage actuel conserve ainsi, parfois de manière discrète, la mémoire de ces circulations anciennes.
Le visiteur qui marche aujourd’hui dans les bois ou emprunte un chemin rural suit donc parfois des tracés dont l’histoire plonge beaucoup plus loin qu’il n’y paraît.
Une terre entre Bibracte et les grandes forêts du Morvan
Villapourçon appartient au territoire du Grand Site de France de Bibracte – Morvan des Sommets, un ensemble où patrimoine archéologique, paysages et patrimoine rural sont étroitement liés.
Le territoire du Grand Site compte plus de 1 100 kilomètres de chemins ruraux. Cette exceptionnelle densité s’explique notamment par l’habitat dispersé du Morvan et par le fait que le remembrement agricole y a été moins important qu’ailleurs. Beaucoup de ces chemins ont donc conservé leur tracé, parfois sous la végétation ou au milieu des bois.
À Villapourçon, cette relation entre chemins et paysage est particulièrement évidente. Les sentiers relient les hameaux, longent les ruisseaux, traversent les forêts et permettent de découvrir un petit patrimoine rural qui raconte une autre histoire du Morvan : celle des habitants qui exploitaient l’eau, cultivaient les terres, élevaient leurs animaux et entretenaient les chemins.
Fontaines, sources captées, lavoirs, moulins, murets de pierre sèche et anciens bâtiments agricoles composent ainsi un véritable patrimoine du quotidien. Un patrimoine souvent modeste, mais précieux parce qu’il raconte la vie ordinaire de plusieurs générations de Morvandiaux.
Une église au cœur du village
Au centre du bourg, l’église Saint-Symphorien constitue l’un des repères historiques de Villapourçon.
Son origine remonte aux XIIe-XIIIe siècles, même si l’édifice a été remanié à plusieurs reprises, notamment aux XVIIIe et XIXe siècles. Avec son plan en croix latine, ses toitures d’ardoise et son clocher terminé par une flèche, elle domine aujourd’hui encore le cœur du village.
Autour de l’église, certains détails témoignent également de l’ancienne fonction commerciale du bourg. Une bascule municipale servait autrefois au pesage des animaux et des sacs de céréales. Les barres d’attache destinées aux bovins rappellent quant à elles les foires qui animaient autrefois le village.
Voilà un exemple parfait de ce que l’on vient chercher dans le Morvan : un patrimoine qui ne se limite pas aux monuments remarquables, mais qui conserve les traces de la vie quotidienne.
Châteaux, moulins et savoir-faire
En poursuivant la découverte du territoire, on rencontre d’autres témoins de cette histoire.
À La Courbasse, une ancienne maison forte médiévale a laissé une tour intégrée à une ferme ainsi que des bâtiments des XVe et XVIe siècles aujourd’hui transformés en bâtiments agricoles. Au Moyen Âge, Villapourçon dépendait pour le temporel des seigneurs de Larochemillay et, pour le spirituel, de l’évêché d’Autun.
Plus tard, le Château des Moines, situé dans un paysage dominant la vallée de la Dragne, a pris son aspect néoclassique après des transformations réalisées notamment au XIXe siècle. Le domaine possédait autrefois plusieurs fermes, des écuries, des dépendances, un verger, une pêcherie et un grand parc. La mémoire locale conserve également le souvenir d’une propriété particulièrement active au XXe siècle.
L’eau a elle aussi joué un rôle essentiel. Plusieurs moulins ponctuaient autrefois les cours d’eau de la commune. Certains ont aujourd’hui été transformés en habitations, mais ils témoignent d’une époque où la force de l’eau constituait une ressource économique indispensable.
La Pierre Aiguë, entre roche et légende
Il est toutefois un lieu qui résume à lui seul cette relation particulière entre nature, mémoire et imaginaire : la Pierre Aiguë.
Ce spectaculaire chaos granitique, situé à proximité de la Vieille Montagne, est associé à une légende ancienne et toujours vivante dans la mémoire locale. Selon le récit traditionnel, la Vierge, accompagnant saint Barthélemy vers Villapourçon, aurait voulu se reposer sur les hauteurs du Niret. Avant de repartir, elle aurait placé trois petites pierres les unes sur les autres en prononçant ces mots : « Petites pierres, vous deviendrez grandes ». Les pierres auraient alors pris la forme qu’elles présentent aujourd’hui.
La légende raconte également que la Vierge aurait protégé la région contre les guerres et les loups. Et surtout, elle aurait annoncé que la fin du monde ne surviendrait pas tant que la Pierre Aiguë existerait.
De quoi regarder ce chaos granitique d’un autre œil lors de la promenade !
Le site est par ailleurs protégé au titre des Monuments historiques depuis 1951. Il constitue aujourd’hui un lieu de promenade emblématique de Villapourçon.
Une cascade au cœur de la forêt
Autre rendez-vous incontournable : la cascade de la Dragne.
Le ruisseau de la Dragne prend sa source en amont, du côté de Rangère, avant de poursuivre son chemin à travers le paysage vallonné de la commune. Au lieu-dit Dragne, il forme une cascade qui offre l’un de ces petits spectacles naturels dont le Morvan a le secret : de l’eau, du granite, de la mousse, des arbres et le murmure du ruisseau.
La cascade est décrite par l’office de tourisme comme caractéristique des eaux sauvages du Morvan. Ici, pas besoin de grand équipement touristique : le plaisir vient justement de la simplicité du lieu.
Rangère, quand l’eau devient patrimoine
Plus en amont, le site de Rangère raconte une histoire plus contemporaine.
L’étang et son barrage ont été aménagés dans les années 1950 afin de constituer une ressource importante pour l’alimentation en eau potable de plusieurs communes du secteur. La construction de la digue s’est poursuivie et renforcée durant cette période, jusqu’au début des années 1960. Aujourd’hui, le site joue toujours un rôle dans l’alimentation en eau potable de plusieurs communes voisines.
Rangère illustre ainsi une autre facette du patrimoine morvandiau : celle des aménagements techniques qui ont transformé le territoire pour répondre aux besoins des populations.
Marcher pour comprendre Villapourçon
Pour découvrir la commune, rien ne vaut la randonnée.
Deux itinéraires permettent notamment de partir à la rencontre de ses paysages : le circuit de la Légende de la Pierre Aiguë, d’environ 12 kilomètres, et le circuit de Rangère, d’environ 15 kilomètres.
Le premier est particulièrement intéressant pour qui souhaite associer nature, patrimoine et imaginaire. Avec près de 400 mètres de dénivelé, il traverse la forêt morvandelle et multiplie les rencontres avec les sources et les éléments du petit patrimoine. L’itinéraire est présenté comme une randonnée sportive d’environ 12 kilomètres.
Mais à Villapourçon, il n’est pas nécessaire de rechercher absolument la performance. Une petite route, un chemin forestier, un lavoir ou un détour par un hameau peuvent suffire à faire naître cette sensation si caractéristique du Morvan : celle d’être entré dans un paysage habité, mais jamais totalement domestiqué.
Un patrimoine que l’on redécouvre
Cette volonté de redonner vie au patrimoine local est aujourd’hui particulièrement visible à Villapourçon.
Depuis 2022, Bibracte et la Fédération REMPART organisent avec les communes du Grand Site des chantiers consacrés au paysage et au patrimoine. À Villapourçon, des bénévoles ont notamment travaillé à la restauration de trois lavoirs et de leurs sources captées dans les hameaux des Certiaux, de Petiton et de Fragny.
Ce travail est révélateur d’une nouvelle manière de regarder le patrimoine. Il ne s’agit plus seulement de conserver les monuments les plus prestigieux, mais de considérer également les chemins, les sources, les lavoirs, les arbres, les murs et les paysages comme un héritage commun.
Et c’est précisément ce qui rend Villapourçon attachant.
Villapourçon, une invitation à ralentir
À Villapourçon, l’histoire n’est jamais très loin. Elle apparaît dans un nom de village, une vieille tour, une église, un moulin, une pierre légendaire ou le tracé d’un chemin. Elle se mêle aux forêts de la Gravelle et de Châtillon, aux prairies où paissent les troupeaux charolais, aux ruisseaux et aux reliefs qui donnent au Morvan son caractère.
La commune conserve aussi une activité agricole bien présente, avec notamment des élevages bovins, tandis que les paysages accueillent aujourd’hui randonneurs, amoureux de nature et visiteurs venus chercher un Morvan authentique.
Villapourçon n’est donc pas une destination que l’on coche rapidement sur une carte. C’est un territoire que l’on découvre à son rythme.
On y vient pour une cascade et l’on repart avec une légende. On s’arrête devant un lavoir et l’on imagine les femmes qui venaient autrefois y laver le linge. On suit un chemin et l’on découvre soudain un panorama. On croyait simplement chercher une randonnée et l’on rencontre plusieurs siècles d’histoire.
C’est peut-être cela, finalement, le vrai luxe du Morvan : avoir encore des endroits où le paysage, l’histoire et le silence prennent le temps de se raconter.
Et à Villapourçon, ils ont beaucoup de choses à dire.